Albert Dupontel

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Albert Dupontel

Message  Pistache le Lun 17 Avr - 22:28

Son ouïe ultra fine lui a permit d'entendre le cri de la détresse sociale. "Ce monde a besoin d'un justicier", s'est dit Albert Dupontel. Spectateur et spectatrices, sous vos yeux ébahis, voici le premier super-héros du cinéma français.

Super héros non pas pour sa capacité à décrire subtilement le bordel sociétal (on avouera que son dernier film se dirige plus vers la caricature sociétale) , mais pour son incroyable, inestimable don pour faire jaillir le côté hilarant du bordel. Le côté marrant de l'horrible, du sombre, du glauque. Une des plus simples façons de combattre, s'est de se marrer, qu'on se le dise. Et même si on utilise quelques clichés en guise de munitions (et là, je fais allusion à Enfermés Dehors) on pardonne 1000 fois, car le bonhomme y met tout son coeur, sa poésie, et surtout son immense talent. Et ça, il le fait depuis le début, autant derrière que devant la caméra, et même sur scène, en témoigne le Sale DVD, qui nous présente les One man show qui l'ont fait connaître.

Car Dupontel, avant d'être l'un des réalisateurs les plus prometteurs de l'héxagone, est un interprète, un putain de comédien qui peut se vanter d'être un gage de qualité pour chacun de ses films. Cette gueule étrange, il sait s'en servir, comme il veut. A l'image de son sketch Rambo, où un beauf un brin agressif nous raconte son résumé personnel de la comédie romantique avec Stallone. « Putain, enculé, il est vachement bien foutu l'scénario ! » qu'il gueule. L'acteur se rend moche (et non pas beau, hahaha, pardonnez moi j'ai pas put m'en empêcher), dégueulasse, con et manifestement violent (mais c'est vraiment tès marrant).

Et, au départ, on peut se dire que Dupontel est un mec qui ne sait qu'interpréter des types violents, psychologiquement violents, vivant dans un monde régit par la violence. Bah oui, c'est pas Irréversible et Le Convoyeur qui va nous convaincre du contraire, Dupontel excelle dans la peau des dérangés, névrosés, voir carrément primaires. Et la tendresse, bordel ? Et ben, la tendresse, elle est aussi présente dans Dupontel : je ne cesse d'entendre parler de ses interprétations géniales de douceur et de sobriété dans Un Héros très discret et La Maladie de Sachs, pas encore vus à ce jour. Mauvais exemples, je les ai pas vu, soit. Et le Long Dimanche de Fillançailles alors, notre copain Célestin Poux ? (On notera d'ailleurs les styles très rapprochés de Jeunet et Dupontel, mais ce n'est qu'une parenthèse). Et Bernie, personnage aussi psychotique que touchant, et même la deuxième partie magnifique d'Irréversible, qui nous fait oublier le début nauséeux ? Non, vraiment, Dupontel est capable d'être normal, touchant, si si, c'est vrai. Cela dit, pour moi, sa meilleure interprétation reste celle de ce type sombre, mystérieux et depressif du Convoyeur qui n'est pas sans rappeler le De Niro de Taxi Driver.

Parlons du réalisateur. Et pour commencer, de l'incroyable Bernie. Dès son premier film, Dupontel pose les base de son cinéma : humour noir, poésie, incroyables gueules d'acteurs (mais où va-t-il chercher ses merveilleuses gueules d'être humains ?), et personnage principal dans une situation qui le dépasse. Bernie (le personnage) est un homme fraichement sortit de son orphelinat à 29 ans, bientôt 32, qui aime les hyènes mais pas les oiseaux. C'est un adulte enfant qui fantasme sa vie (puisque, véritablement, il n'en a pas), et se persuade que ses parents, qui l'avaient abandonné à la naissance, s'aiment d'un amour infini, et que la mafia russe a une dent contre la famille. Scénario foutraque qui donne lieu à des situations horriblement drôles, ou drôlement horribles, ça dépend où on se place. Les intentions de Dupontel sont troubles, et c'est probablement ce qui a valut au film un statut de « culte ». Est-ce juste une comédie trash, une fresque poétique, un drame social, le tout à la fois... Oui, en fait, c'est le tout à la fois. Pour la comédie trash, voyez la baston entre papa et maman Bernie dans l'appartement. Pour la poésie, regardez la magnifique scène finale, qui laisse rêveur. Et pour le drame social, observez juste comment les différents protagonistes tenteront d'utiliser la candeur de Bernie à leur profit. Y'a du Affreux, sales et méchants là dedans, pour ceux qui ont vu. C'est un film qui fait autant rire que mal, et bien que Bébert a voulut faire une comédie, l'oeuvre se situe quelques part entre la farce satirique et le drame glauque. Rien ne ressemble à Bernie, à part les films suivant de Dupontel, et encore. A cela s'ajoute une interprétation béton, on pense à la très belle Claude Perron en droguée cynique, que l'on retrouvera dans les deux suivants de Dupontel, ainsi que le couple de parents de Bernie, Hélène Vincent en mère bourgeoise insupportable et le regretté Roland Blanche, inénarrable en clochard obsédé sexuel aussi psychotique que son taré de fils. Coup final : la magnifique chanson de Noir Désir, « Là Bas », du générique. Coup de maître dès le premier film. Et n'oubliez pas, le plus embêtant chez les oiseaux, c'est les becs.

Le second film, Le Créateur, a malheureusement bénéficié d'une mauvaise promo ainsi que d'une mauvaise distribution. On remercie les producteurs. Et c'est bien dommage, car s'il n'atteint pas le niveau de Bernie, Le Créateur vaut son pesant de cacahuètes. L'histoire d'un auteur de théâtre à succès qui, après un petit détour par un institut psychatrique, découvre que sa prochaine pièce doit voir le jour dans à peine trois semaine. Or, bien entendu, il n'a rien commencé, et de plus, l'inspiration n'est pas au rendez-vous. Après une tentative ratée de regain de motivation par l'alcool, il retrouve son imagination après avoir accidentellement tué le chat de son voisin... Encore un scénario barré pour un film qui l'est tout autant : Le Créateur est une sorte de délirium tremens hystérique. Avec son lot de personnages déjantés et étranges : on se lèche les babines quant on retrouve les gueules de Bernie, comme le vieil ami déprimé du héros interprété par Paul Leperson, décédé peu après le tournage, Claude Perron encore une fois dans le rôle d'une actrice opportuniste et impulsive... Mais on remarquera aussi quelques nouveaux comme Michel Guillermoz dans la peau d'un affreux accessoiriste de théâtre qui dit des horreurs en regardant la caméra droit dans les yeux et surtout cet insupportable directeur de théâtre avide de pognon joué par Nicolas Marie qu'on retrouvera en PDG sequestré dans Enfermés Dehors. Avec des morceaux de bravoures aussi, comme cette incroyable impro de Dupontel qui tente d'expliquer à l'actrice et au directeur ce que sera sa pièce dont il n'a pas écrit une ligne. Bien sûr c'est du Dupontel, et le film vire vite à la comédie macabre, avec, en prime, une reflexion non négligeable sur la condition de l'artiste, mais bon, c'est surtout très drôle, très rythmé et sadique. Manque juste la petite pointe de poésie qui donnait son lyrisme à Bernie, mais on a en revanche le droit à d'excellentes idées de filmage, plus abouties que dans Bernie, ainsi qu'un côté cinglé et hallucinogène que Bernie n'avait pas non plus, je parle là des cauchemards absoluments insensés du personnage principal. Un deuxième film complètement dingue et jouissif.

Et le voilà, le film que j'attendais depuis 6 mois, dont le simple scénario me faisait marrer d'avance. Enfermés Dehors. Verdict ? Ce film est une pure merveille. Ou comment faire du léger avec du lourd, alors que souvent les comédies françaises s'emploient à faire l'inverse. Incroyable et intelligent d'un bout à l'autre, Dupontel réussit un film plus hystérique que Le Créateur et plus poétique que Bernie, en sacrifiant la noirceur névrosée. Tout semble amélioré : les dialogues sont hilarants, la musique des Hyènes (Noir Désir sans Cantat) est fantastique (ah, « 7 minutes » sur Tostaky...) c'est superbement filmé (ça donne un peu le tournis quand même), les métaphores sont efficaces, c'est terriblement interprété (et hop, 5 oscars pour Yolande Moreau) et le film se permet en plus des excentricités complètement déjantées, comme cette apparition hallucinante des deux Monty Phyton Terry Gilliam et Terry Jones dans la peau de clochards frappés, ou cette bande annonce d'un film pornographique appelé « Hard trampoling »... On peut reprocher au film d'être quelque peu manichéen, mais la vérité, c'est qu'on s'en fout. Il y a tellement de bonnes idées, de phrases cultes et de sincérité qu'on ne peut qu'oublier ses facilités, et puis, facilités peut-être, mais facilités qui fonctionnent. Un « cartoon social », qu'il disait l'ami Dupontel. Oui. Avec du Buster Keaton, du Tex Avery, du Chaplin, oui. Mais c'est quand même, surtout du Dupontel, avec sa violence caractéristique (si, le film est violent) et son goût pour les perdants. Et en plus, c'est assez indéfinissable comme film, alors il faut pas en parler, il faut le regarder.

Dupontel est tout simplement un acteur et un réalisateur d'exception, l'un des plus inspirés avec qui il faudra désormais compter. Une grande figure de la génération Kounen-Noé-Jeunet-Gans etc.
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Re: Albert Dupontel

Message  Mallory le Jeu 20 Avr - 17:53

Voila, le mot c'est "inspiré".
On en a marre des beaufs qui se font avoir par des méchants riches mais qui gagnent quand meme à la fin, on s'en fout des re-beaufs qui partent en vacances dans l'hotel de leur pote beauf, et j'execre le cinéma indépendant chiant et sale que nos réalisateurs français tiennent absolument à nous faire bouffer, sous prétexte qu'ils se sont creusés la tête pour le sortir (ça vaut aussi pour le théâtre hein...).
Donner nous du nouveau, du drole, de l'incroyable, du "putain c'est complètement ouf", mais surtout, DE L'EMOTION, bordel.

Heureusement, il nous reste Chabat et Dupontel.

J'ajouterais que c'est pas la peine de faire le gars qui dort et qui saigne, et que putain, ce thé est vraiment très fort.
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Re: Albert Dupontel

Message  Pistache le Jeu 20 Avr - 21:58

Completement d'accord, sauf que Chabat, malgré toute la sympathie que j'ai pour lui, me semble pas renouveller le ciné français : Mission Cléopatre c'est bon, mais ça reste du cinéma populaire classique, de grande qualité soit. Je pense, comme je le disais tout à l'heure, que ceux qui vont rajeunir le ciné français sont ceux que j'ai cité tout à l'heure : Jeunet, Kounen (Doberman), Boukhrief (le convoyeur) ou même canet, avec mon idole et narco.
Hé, t'es sur cinecritic toi maintenant ? Moi mon pseudo c'est Tyler Durden, et tu t'es faite saccée pour ta critique sur Million dollar baby Razz
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Re: Albert Dupontel

Message  Pistache le Dim 7 Mai - 17:31

Ai vu Un héros très discret. Beau film, belle interprétation, Dupontel génial mais pas assez présent à l'écran !!!
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Re: Albert Dupontel

Message  Pistache le Mar 21 Nov - 14:20

Je viens de revoir Enfermés dehors. En dvd. Incroyable, j'ai le sentiment de ne pas avoir vu le même film. Je ne sais pas si j'étais fatigué ou de mauvaise humeur, mais ce deuxieme visionnage m'a déçu. Que s'est il passé ?
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Re: Albert Dupontel

Message  Pistache le Jeu 14 Déc - 13:38

re-re-vu. Bon, en fait, il est terrible, mais un peu moins que Bernie.
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Re: Albert Dupontel

Message  Lucie le Ven 15 Déc - 18:28

il y a un coffret dvd qui vient de sortir pour les fetes, c'est un coffret Dupontel avec 3ou 4 de ses films ... voila linfo du jour !
(un semblable est sorti pour Johnny Depp)
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